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Les Ecologistes de l'Euzière

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Chapitre 3 : Des Hommes

La dégradation de la forêt de la Renaissance à l’époque contemporaine

 

Effroyables verriers ! En Languedoc une industrie apparaît et se développe pendant tout le Moyen Age et atteignant son épanouissement au XVIe et XVIIe siècles. C’est celle de la verrerie. Heureusement la découverte du charbon minéral et une nouvelle forme de société mettent un terme au bouleversement qu’une telle industrie a provoqué dans notre pauvre forêt languedocienne. Car pour fondre le verre, il faut de la chaleur donc du bois. Dès 1290 ou 1300, les verriers apparaissent. La profession de maître-verrier donnait le titre de gentilhomme (Bemardy 1961). A Alès l’industrie est florissante dès le XIVe siècle mais : “Les fours de la rue de la verrerie s’éteignent, le défrichement des forêts avoisinantes a obligé les verriers à s’expatrier... (Saint-Quirin 2e édition 1985), A l’ouest de Montpellier, sur la route de Gignac, se trouvait une verrerie fonctionnant encore à la fin du XVIIe siècle. A Viols-le-Fort, une autre de ces industries jouxtait la chapelle Saint-Jean ; aux deux flancs du Pic Saint-Loup, l’une sur Cazevieille, l’autre sur Notre-Dame-de-Londres se trouvaient aussi des verreries. Cette dernière était installée sur le marquisat de Londres qui groupait, avec le causse de Pompignan, le haut lieu de l’industrie du verre. Un village actuel, Ferrières-les-Verreries, aux confins de l’Hérault et du Gard, témoigne de cette époque. Nous en trouvons encore entre Sauve et Pompignan et à Sérignac (est de Quissac). Dans la Gardonnenque, les verreries sont nombreuses : à Anduze, Saint-Saturnin-de-Ceyran, Dions, la Calmette... le Gardon franchi, de nombreux villages rappellent l’industrie évanouie : Saint-Césaire-de-Gauzignan, Baron, Euzet, Vaurargues, le Bouquet et plus au nord, le plateau de Lussan, autant d’étapes que les verriers ont marquées lorsqu’ils se déplaçaient à la recherche de nouveaux bosquets pour alimenter leurs fours...

Les verriers n’exploitaient ni bois royaux ni communaux. Ils tiraient profit des bois des particuliers ou de ceux qu’ils achetaient eux-mêmes (Saint-Quirin 2e édition 1985).

Ces quelques exemples suffisent à montrer les ravages de cette industrie en plein essor sous la demande sans cesse croissante en bouteilles pour le vin ou en flacons pour les parfums. De très nombreux bois languedociens comme ceux de Saint-Bénézet, Maruéjols-les-Gardon ou Nozières (à côté de la Réglisserie) ont ainsi disparu en fumée pendant les cinq siècles qu’a duré cette industrie excessivement destructrice...

Le fragile équilibre agro-silvo-pastoral : l’ager Dès le début du XVIe siècle la poussée démographique est là. Nous allons assister ainsi à une nouvelle vague de grands défrichements de nos garrigues. Un exemple local montre clairement la situation. En Vaunage Maurice Aliger (Aliger M. 1986) a ouvert le compoix de Langlade. En 1500, sur les garrigues de cette commune, 39 hectares sont exploités ; 3 sont labourés (orge ou avoine) et 36 sont des taillis, domaine du bûcheron, mis en devès. En 1576, nouveau compoix, nouvelle distribution : en garrigue, toujours, 44 hectares de terres sont en culture. Enfin en 1597, l’exemple porte sur presque un siècle, le troisième compoix indique que la surface cultivée en garrigue s’élève maintenant à ... 85 hectares ! L’évolution du terroir de Langlade ne fait que suivre un élan général. L’extension des cultures est tel, en ce XVIe siècle, que le Parlement de Toulouse va interdire en 1558 aux habitants de Nîmes (Billange A. 1943) : “d’extirper ou réduire en culture aucun endroit des garrigues”. En effet celles-ci étaient considérées comme propriété communale. Le pauvre hère était tenté de s’y faire un “héritage”, nous l’avons vu, à peu de frais. Jusqu’à l’aube du XIXe siècle les rapporteurs des Eaux et Forêts dénoncent “la multiplicité effroyable des défrichements”. N’ayant aucune autre source de revenus, les pauvres gens, les “brassiers”, n’avaient que leurs muscles et leur sueur à mettre en compte. Pour la prise de possession de la parcelle, pour bien montrer la “propriété” de fait, un simple cordon de pierres suffisait pour marquer leur nouveau domaine. Avec cette espèce de houe (rectangulaire ou en forme de coeur) “l’aissado” ou sa forme découpée, le « bigot », ils défrichaient. Ces nouveaux terrains gagnés à la sueur, c’étaient des « essarts » ou « novales » ou « rompudes ». Très souvent l’outil soulevait la pierre. Celle-ci, extirpée, s’amoncelait alors en « clapas ». La hache (piolo) la grande serpe (lou poudaou) la serpe (poudo) entraient en action. Les arbres trop importants pour être abattus étaient attaqués par l’écorçage en anneau (annélation). Les incendies - volontaires - préculturaux facilitaient le travail. Arbres, arbustes partaient en fumées. En 1727, écrit Billange (Billange A. 1943) on constate que la “majeure partie de l’immensité des garrigues a été entièrement défrichée”. Plus loin, le même auteur déplore (en 1770) “II est impossible d’arrêter le torrent (des défricheurs). Les consuls qui ont voulu réprimer ces voyes de faits ont été menacés, leurs fonds dévastés, et ont été forcés de garder le silence”. Ces grandes étendues défrichées servaient à constituer un “ager”. En effet la poussée démographique demandait sans cesse de nouvelles terres à blé. Ce blé nécessaire à la vie des hommes était une denrée hautement énergétique. On en fabriquait du pain qui était la nourriture de base des classes les plus pauvres. Ces hommes-là ne mangeaient que du pain, la viande étant trop chère. B. Garnot (Gamot B. 1987) indique même que la moitié du salaire d’un ouvrier à la révolution servait à payer cette nécessaire denrée... Jusqu’à l’aube du XIXe siècle, la production de blé a été le sujet de préoccupation constante du paysan. Il existait aussi des terres semées en seigle ou orge. Parfois on mélangeait blé et seigle que l’on semait ensemble, la farine “mescle” ou “méteil” servait à faire un pain de moindre qualité. La Vaunage était une magnifique terre à blé. Sa structure géologique en forme de « boutonnière » laisse apparaître, sous les bancs calcaires de son dôme, une série de marnes épaisses. Sur celle-ci des limons mélangés à des débris calcaires forment une couche de 4 à 12 mètres, relativement fertile (complexe des formations de piedmont). De nombreux moulins à vent (Aliger M. 1981) se dressaient sur les bords de cette cuvette en hauteur. Il y en avait aussi dans le creux. D’autres moulins, à eau ceux-là, s’échelonnaient le long du cours du « Rhony ». Il ne faudrait pas croire que ces 40 moulins (20 à eau, 20 à vent) tournaient tous ensemble. Il y avait complémentarité de leur utilisation. En été, le vent favorisait ceux dont la silhouette se profile, le soir, sur les crêtes. La saison des eaux vives inversait le déplacement du meunier, affecté, climat oblige, à plusieurs de ces ouvrages. C’est dire l’importance de cette terre en blé. Imaginez un instant les allées et venues, les semailles, les moissons, de tout un peuple dur à la tâche avec ses peines et ses joies aussi mais toujours au fond de lui cette hantise des disettes (comme celles de 1710 et 1767). Il faudra attendre longtemps pour que ce pain devienne vraiment quotidien. Mais si la surface des terres labourables se développe c’est, naturellement, aux dépens du “Saltus” ou de la “Silva”. Vers 1771 et 1776 (Billange A. 1943) la perte des pâturages est importante, le bois, rare, est devenu cher et les boulangers nîmois manquent de ce précieux combustible... Si le défrichement continue, où ira-t-on envoyer les troupeaux ? Où ira-t-on chercher du bois ?

La silva Le bois... après les difficultés soulevées par la mise en place de F“Ager” penchons-nous sur le problème aigu de notre “Silva”. Nous savons que la forêt méditerranéenne héberge deux sortes de chênes. Le blanc (ou pubescent) aimant les terrains humides à vocation agricole. Celui-ci a été le premier, proprement “extirpé”. Et comme il rejette relativement peu en souche, il n’apparaît que très peu dans les paysages. De plus c’est un combustible de qualité secondaire. Mais il y a le Yeuse. La Nature lui a donné, pour notre bonheur, trois avantages certains. C’est d’abord un excellent bois de “feu”. A égalité, presque, avec celui du Hêtre. Ensuite il peut se développer sur les plus mauvais terrains à même le rocher, là où l’herbe ne pourrait croître. Notre pays est si riche en ces étendues ingrates... Puis, surtout, il rejette vigoureusement en souches. Il serait à ce point de vue quasiment “éternel”. Promenez-vous dans nos contrées. Du premier regard vous décèlerez l’allure du Yeuse, franc de pied. Bien planté en terre avec un tronc énorme, écailleux,il étale autour de lui la force de ses charpentières, l’harmonie réside dans cette puissance non dépourvue d’élégance. Ces vieux Chênes-là ne sont-ils pas la noblesse de nos garrigues ? Mais si ce sujet a plusieurs siècles, il doit sa présence à une heureuse conjoncture ! Déplacez vos regards sur les collines proches et l’aspect différent des autres Yeuses est flagrant. Ce sont cette fois de véritables “boules” aux nombreux troncs tors et chétifs. C’est la vieille souche, là sous les garances, depuis des ans, qui a rejeté en couronne. Le “bouscatier” a laissé 5 à 6 drageons, éliminant les autres. De tout temps le bois se vendait bien et les seigneurs, ou communautés, avaient avec ce bois, une richesse. Jusqu’à la production industrielle du “charbon de terre”, l’énergie nécessaire était toute entière contenue dans ce végétal. Il fallait se chauffer. Notre climat a connu des variations sensibles depuis l’époque Romaine. Parfois, nous le savons, des hivers rigoureux s’installaient même dans nos régions. C’est par milliers qu’il faut compter ces feux domestiques. N’oublions pas que les administrations comptaient les familles par “feux”. Mais il y avait aussi les boulangers, fondeurs, fabricants d’eau-de-vie, de parfums... En 1788, Nîmes comptait (1) 623 fourneaux pour la filature de la soie (dont 528 alimentés en bois ou charbon de bois), 2 tuileries, 28 forges de serruriers, 23 chaudières à eau-de-vie, 22 forges de “taillandiers” et 61 boulangeries.

C’est dire la quantité énorme de bois de feu que consommait la ville.

N’oublions pas aussi l’activité effroyable des verriers à laquelle des arrêts royaux, au XVIIIe siècle, mettent un terme (Billange A. 1943). La peau des ovins était recherchée. De nombreuses tanneries fleurissaient à Aniane, Ganges, Sommières et Nîmes. C’était même une industrie très dynamique des XVIIe et XVIIIe siècles dans cette dernière ville. Les matières premières abondaient et, cela, aux portes même de la cité : troupeaux, carrières à chaux, eau et tan. Celui-ci était tiré du Yeuse. L’arbre était proprement écorcé (les “ruscaires”), dans certains cas, pour gagner du temps le chêne était abattu et ses racines même extirpées... Parfois, en promenant sur les vastes espaces de nos garrigues, l’œil est attiré par un replat, un peu à l’abri, au sol damé, noirâtre, où la végétation différente indique un sol nouveau. C’est remplacement d’anciennes fabriques de charbon de bois. Les branches de chêne vert étaient soigneusement arrangées, en cône, recouvertes ensuite de terre, et de fines ouvertures pouvant être judicieusement manœuvrées à la volonté du charbonnier. Celui-ci, ombre dans la clairière, entretenait savamment, toute l’alchimie d’un feu caché qui transformait peu à peu le bois en combustible nouveau. Une légère fumée, bleuâtre, s’échappait, enveloppant les feuillages proches d’une odeur persistante dans ces lieux particuliers. Ainsi 600 kg de Yeuse permettaient d’obtenir 120 kg environ de charbon de bois. Certaines de ces charbonnières étaient opérationnelles il y a quelques années à peine (environs de Saint-Hippolyte-du-Fort et de Sauve). Tous ces exemples montrent les assauts répétés donnés à notre Sylva par ces hommes. On en comprend parfois les raisons, mais il y a là aussi un équilibre fragile à ne pas dépasser. Nous connaissons la lenteur de croissance du Chêne. L’arbre au bois dur élargit avec lenteur les cernes de son tronc. La forêt peut se reconstituer naturellement si on lui en laisse le temps. Au XVIIIe siècle les coupes étaient réglées tous les 20 ans, puis, peu à peu ce chiffre descendit à 18 et même 14 ans (Billange A. 1943). Mais quelle est la grosseur d’un tronc de chêne à cet âge ? Ainsi notre paysage a pris progressivement la physionomie que nous lui connaissons : le village, avec, autour les terres les meilleures, bien défrichées, plantées en blé ou vigne. Là-haut, sur le plateau venteux, le rocher blanc affleure, parsemé des boules des Yeuses renaissants. Et du dernier sillon à la lisière des premiers boqueteaux s’étirent maintenant les lignes blanches, floconneuses, des moutons...

Le saltus Le mouton ! Depuis huit mille ans maintenant il parcourt nos garrigues. Ces immensités rocailleuses, sèches, s’harmonisent avec la sobriété de l’animal. Pour tout dire garrigues et moutons, ne font qu’un. Ils sont synonymes. Pourtant si le mouton est le troisième volet de notre triptyque il a deux ennemis héréditaires : l’agriculteur, mettant en “devois” ses champs où s’élaborent, à grandes sueurs, ses récoltes et le “bouscatier” protégeant les pousses tendres des rejets. Entre ces deux pôles qui le rejettent tour à tour catégoriquement, le pasteur évolue dans un paysage caractéristique : le saltus ou garrigue. Car c’est lui et lui seul qui est à l’origine de cette association végétale. C’est cette action, plurimillénaire qui peu à peu a marqué d’une façon indélébile le terrain à parcours. Si au Moyen Age, le mouton était la richesse de notre région, on note, au fil des siècles une diminution progressive du nombre de têtes des troupeaux (Billange A. 1943). C’est d’abord un changement de mode vestimentaire qui diminue la demande en vêtements en laine. Puis aux XVIIe et XVIIIe siècles des épizooties ravagent le cheptel (celle de 1743 en particulier) et surtout les défrichements importants diminuent la surface du “Saltus”. D’ailleurs le paysan des XVIIIe et XIXe siècles est de plus en plus viticulteur et l’élevage devient secondaire. Au XXe siècle l’importance du mouton diminue encore surtout sur les garrigues nîmoises. Par contre il se maintient pour celles du nord de Montpellier (Dugrand R. 1964). L’élevage a donc été, jusqu’au début du XIXe siècle, l’élément dominant de ce fameux équilibre agro-silvo-pastoral. Pendant l’été brûlant l’herbe jaunit et se dessèche. Nous connaissons depuis la “nuit des temps” l’usage, pour le pasteur, de quitter nos régions à la mi-juin pour y revenir en septembre. Un grand nombre d’ouvrages décrivent cette longue marche, épuisante, colorée, pleine de saveurs inoubliables.

De retour au “Pays” les moutons, pendant huit à neuf mois, vont parcourir la garrigue. Ils marchent le jour continuellement en vagues serrées, immobiles seulement quelques secondes... Ils broutent... Leur menu ? le Brachypode rameux, la “baouco” “l’Engraissa-Motons” (L) c’est l’“herbe” naturelle de la garrigue. Cette graminée, et les plantes suivantes, constituent une véritable “pâture sèche”. Un autre Brachypode, celui de Phénicie, plus grand, plus épais a aussi leur faveur, les Bromes, toutes sortes de vesces, les Lupins... l’Astragale de Montpellier et l’Aphyllante, le Bragalon (L), jolie liliacée à fleur azur, sont des régals ! L’Astragale mérite de retenir notre attention par une remarquable adaptation (Barry J.-P.). La plante accumule dans sa racine d’importantes réserves et celle-ci s’allonge, atteignant 40 à 50 cm de long. Ces ressources cachées permettent deux sorties de feuilles dans l’année s’il y a pâturage. L’une normale, au printemps, et l’autre fin août-septembre, après le passage du mouton... Des plantes odorantes sont avalées : le Psoralier malgré son odeur de bitume ainsi que le Fenouil... Ces pelouses sèches à Brachypodes peuvent “porter” 2 à 3,5 têtes à l’hectare. Dans le taillis, le mouton trouve aussi sa pâture. La feuille est un excellent aliment riche en protides et glucides. Celles de l’Alateme et du Chèvrefeuille attirent l’animal. Ce dernier broute même celle, piquante, du Code et ces arbustes prennent de curieuses formes en “champignon” dans les étendues pastorales de Viols-le-Fort et Cazevieille. Le danger réside aussi dans l’appétence de la bête pour les pousses tendres du Chêne vert... Si la charge pastorale s’accroît, elle entraîne une modification dans la répartition des espèces végétales. Les espèces broutées commencent à se raréfier et c’est naturel, car ne pouvant repousser qu’à leur vitesse propre. Apparaissent alors toute une série de plantes jamais mangées et qui, naturellement, possédaient des “armes” contre l’animal et que le surpâturage sélectionne. Parmi ces “avantages” il y a l’épine. C’est le plus simple. Observez le bel ordonnancement géométrique des parties vulnérantes d’un Chardon ou d’un Cirse... Touchez du bout du doigt l’aigu d’un Genêt dit “scorpion” ou celui d’un Ajonc dit épineux (l’Argelas)... Effleurez de la main le limbe d’un Panicaut, serrez légèrement les petites feuilles du fameux Chêne Kermès... contemplez les boules azurées de l’Echinops épineux... et comble de l’adaptation (ou coïncidence ?) observez de très près les jeunes feuilles de l’Yeuse, celles se trouvant à faible hauteur sur les rejets, et comparez-les à leurs homologues du bout des rameaux haut placés ; dans un cas des piquants, dans l’autre le bord du limbe est lisse...

Partout, ici, dans cette friche armée se trouvent des baïonnettes, véritables protections contre l’activité dévorante de l’animal. Il y a aussi l’arme chimique. Le latex brûlant des Euphorbes. Nombreuses en garrigue, c’est l’espèce Characias la plus représentative, haute, puissante, rameuse, elle suit le parcours... Les sucs vénéneux de l’Hellébore fétide ou du Daphné rebutent l’animal. Et les parfums ? Quelle abondance d’odeurs en garrigue ! Lutte contre la sécheresse mais, coup double, lutte aussi contre le ruminant que la forte odeur rebute. Nous trouvons dans ce groupe de plantes les cistes, les lavandes, les romarins, les pins et térébinthes. Le thym aussi éloigne l’intrus (quoique ses fleurs soient broutées...) Que dire de l’odeur repoussante de la Ballote fétide ou marrube noir et surtout de la Rue ? Un dernier exemple est celui du Phlomis lychnide jolie labiée fleurissant jaune, à port dressé et dont on dit que le nom, flamme, viendrait de l’usage des feuilles jadis employées à faire des mèches de lampes... Une dernière série de plantes échappe à la dent du mouton par leur petitesse. Le nanisme a quelquefois du bon... Baissez-vous quelque peu et dans le tapis végétal vous découvrez, à force d’yeux, les fleurs minuscules blanchâtres, en forme d’étoile de l’Astéroline... celles des Céraistes et des Shérardies ne leur envient en rien par leur taille... Il y a donc une véritable flore du mouton. De très nombreuses espèces, jamais broutées accompagnent véritablement l’animal sur le “Saltus”. Le moins averti des naturalistes décèle, bien avant le passage du fleuve aux vagues laineuses, qu’il se trouve sur son parcours... Ainsi, peu à peu, sous l’influence du défrichement et du surpâturage, le Chêne kermès, jamais brouté et assoiffé de lumière se développe. Comme le terrain à parcours se réduit, on comprend l’habitude du Pasteur à incendier ce barrage piquant. Cette formation absolument impénétrable occupe de la surface et les brebis abîment leur toison sur ces “Avaux”. Alors les feux pastoraux s’allument, la garrigue rougeoie. Ce faisant l’homme brûle le seul refuge, dernier espoir pour la forêt future. Des milliers d’hectares se retrouvent nus et les pluies rageuses emportent le peu de sol. Bien sûr, le parcours redevient possible et l’herbe, fille du feu régénérateur, repousse bien courte et tendre à la dent des brebis...

Mais le feu appelle le feu suivant. L’habitude ancestrale du Berger a déséquilibré sans cesse l’ordonnance naturelle qui tendait à régénérer la forêt de chênes.

Parfois la charge pastorale est telle que l’herbe elle-même ne repousse plus. Il ne reste alors sur ces terres trop souvent incendiées, trop souvent broutées, piétinées mille fois par mille sabots que des étendues pierreuses à l’infini, minérales, mortes, où seulement, entre deux cailloux, pousse, espoir de vie, une longue Asphodèle clamant par ses corolles blanches toute la tragédie de la terre mourante...

De telles étendues, faciès ultime de la dégradation de la forêt méditerranéenne sont visibles sur le flanc sud du Pic Saint-Loup et les environs de Viols-le-Fort.

Page extraite de "Garrigues en pays languedocien" de Clément Martin. Pour en savoir plus : http://www.wikigarrigue.info Et aussi : http://www.foret-mediterraneenne.org/
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